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Cheillé, un chêne et une énigme

Cheillé, un chêne et une énigme

Les morceaux de terre volumineux qui jonchent le bitume de cette route nous indiquent que les passages d’engins agricoles sont fréquents sur cette colline. A notre gauche se dresse les premiers pins sylvestre de la forêt de Chinon, à notre droite des plaines agricoles où rien ne sort de terre en ce brumeux mois de novembre. Les aboiements des chiens signalant notre passage brisent le silence de cathédrale qui règne dans les hameaux que nous traversons. Le secteur est vallonné, les routes étroites et tortueuses et les fermes nombreuses.

Ce décor champêtre n’est pas sans nous rappeler celui du Limousin que nous avons arpenté en long et en large l’année dernière. Les montées sont certes moins longues mais le sentiment de liberté que nous procure cette contrée est le même. C’est toujours un moment particulier pour un cycliste à l’esprit rêveur de sillonner des routes qui lui sont inconnues, porté par le désir de découvrir ce qui l’attend au détour de chaque virage et au sommet de chaque vallon, s’émerveillant comme un enfant devant les trésors que la nature lui réserve. Nous pédalons avec entrain et apercevons l’Indre au pied du coteau, rivière sauvage et ombragée qui voit défiler les prestigieux châteaux d’Azay-le-Rideau, de l’Islette et d’Ussé avant d’être croquée par la Loire à Avoine.

Soudain un édifice à l’allure raffinée se dresse à notre gauche : nous découvrons le château de la Cour au Berruyer, ancien garde fieffé de la forêt de Chinon et résidence occasionnelle de la divine Agnès Sorel. Ce château surplombe le village dont nous souhaitions ressentir l’atmosphère aujourd’hui : Cheillé.

 

 

Nous dévalons la descente et atteignons le Vieux Bourg de Cheillé où règne de nouveau un silence de plomb. Il convient de signaler que Cheillé fait partie des communes les plus étendues de Touraine, presque 10 kms séparant l’extrémité est de la commune, limitrophe de Saché, de l’extrémité ouest, limitrophe quand à elle de Rivarennes. La mairie est quand à elle située au lieu-dit de la Chapelle Saint-Blaise, à 5 kms de notre Vieux Bourg. Alors que nous grimpons la rue du Bourg (décidément tout tourne autour du Bourg ici), un spectacle hors du commun nous pousse à mettre pied à terre. Un chêne au dimension gargantuesque est enraciné dans l’église du village, l’église Saint-Jean-Didier. Il mesure à vue de nez une douzaine de mètres de haut et en fait bien cinq de large. Une plaque sur la façade du monument religieux nous indique que l’association A.R.B.R.E.S. a attribué le label « Arbre Remarquable de France » à ce mystérieux chêne dont il estime l’âge à 300 ans et dont la hauteur exacte est au final de 15m. Le leitmotiv de cette association, « Les Arbres Remarquables font partie du patrimoine collectif et doivent être préservés en tant que tels » prend tout son sens face à cette authentique monument végétal. 

 

 

Nous remarquons la présence de deux anciens du village assis sur un banc à quelques dizaines de mètres de l’église. Animés par la volonté d’en savoir plus sur notre arbre remarquable, nous les questionnons et ne tardons pas à avoir des éclaircissements. La pipe au bec, il nous informe que selon la légende, un corbeau aurait déposé un gland dans une petite fente du mur de l’église qui aurait miraculeusement germé et donné naissance au chêne. En revanche il est selon eux impossible de donner un âge au vieil arbre. Leur arrière-arrière grand-parent l’ont connu, ce qui permet de remonter jusqu’à 1850, mais avant il n’existe aucun manuscrit mentionnant son existence. Ce qui est certain c’est qu’il n’est pas aussi âgé que l’if de Fortingall, situé dans le cimetière du village de Perth and Kinross en Ecosse, un autre arbre remarquable âgé selon les scientifiques de plus de 3000 ans… Les églises ne faisaient pas parties de ce monde à cette époque de ce fait notre chêne ne peut donc pas prétendre au titre prestigieux de plus vieil arbre du monde. Quoi qu’il en soit il reste une improbable découverte qui fait passer le romantique château de l’Islette, prochaine étape de notre sortie, pour un monument d’une banalité affligeante !

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